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Agro-alimentaire : des opportunités en M&A Accès libre

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Clément Brochon, Kivaldi et Alexandre Briand, In Extenso Finance & Transmission

Clément Brochon, Kivaldi et Alexandre Briand, In Extenso Finance & Transmission

Face aux évolutions des habitudes de consommation, les acteurs doivent accélérer leur développement et la croissance externe permettant d’acquérir de nouveaux savoirs.

A l’heure où l’ensemble des économies européennes se transforment sous la pression de nouvelles exigences sociétales et environnementales, les secteurs agricole et agroalimentaire, depuis la production jusqu’à la distribution, doivent faire face aux évolutions des habitudes de consommation des français, qui consomment moins mais veulent acheter « mieux ». Le bien-être, la santé, le bio, le « flexitarisme », la chasse aux sucres, aux additifs, la baisse de la consommation de viande sont autant de marqueurs de cette évolution, avec des conséquences fortes : baisse des ventes et des marges des opérateurs. La pandémie de Covid-19 et la période de confinement que nous vivons devraient accélérer cette prise de conscience générale et les transformations déjà à l’œuvre.

Comme d’autres, le secteur agroalimentaire français connait depuis 30 ans une mutation profonde et doit faire face à de nouveaux défis : concentration des donneurs d’ordre, baisse constante des marges brutes de ces acteurs, pris en tenaille entre la hausse des matières premières et des prix à la consommation quasi-indexés sur l’inflation. En parallèle, la France de l’agroalimentaire semble en perte de vitesse par rapport à ses voisins européens, passant de la première à la troisième place européenne en huit ans. Ce repli se traduit par une taille modeste des entreprises du secteur, une faible culture de l’export, un coût de la main d’œuvre ou encore une pression fiscale hors norme. A ces facteurs s’ajoutent le manque d’investissement et d’innovation des grands groupes français, notamment en matière d’e-commerce et de traçabilité (blockchain), sans oublier les récentes évolutions réglementaires (LME ou Loi EGALIM) qui favorisent les marques leaders, les aliments « sains » et les fournisseurs MDD au détriment des autres marques issues de l’agriculture conventionnelle.

Souveraineté alimentaire

On le voit, si le « Label France » est toujours synonyme de qualité et de variété, l’économie agricole et agroalimentaire nationale fait face à une situation structurelle tendue. Un rapport parlementaire de mai 2019 évoquait d’ailleurs qu’en matière agricole la France serait déficitaire dès 2023… Sachant qu’hors vins et spiritueux, la balance de notre pays l’est déjà de 6 Md€ ! La prise de parole d’Emmanuel Macron mi-mars concernant les premières mesures pour lutter contre cette pandémie apparaît comme un ultime coup de semonce : « Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d'autres, est une folie. ». Une souveraineté alimentaire à reconquérir donc au détriment des importations de denrées alimentaires essentiellement d’entrée de gamme multipliées par deux depuis 2000 (39 Md€, soit 20% des besoins alimentaires des français - les fruits & légumes, les protéines végétales pour la nutrition animale et les protéines animales comme le poisson ou la volaille étant les segments les plus concernés). A ce titre, les prochaines négociations autour de la PAC 2021-2027 post-pandémie risquent d’être mouvementées et décisives avec le commissaire polonais chargé de l’agriculture. Côté consommateur également, les choses bougent. La culture du snacking répond à l’enjeu de consacrer moins de temps au repas. De même, la recherche d’une alimentation plus saine accélèrent la croissance du bio, des « clean labels » et du végétal au détriment des produits carnés, des aliments trop sucrés ou contenant des additifs. Les filières locales, les magasins spécialisés ou les circuits courts sont portés par la prise de conscience sociétale liée aux impacts environnementaux et sanitaires : réduction des intrants chimiques, suppression des emballages plastiques, valorisation des déchets pour la production de biomasse, sont autant de combats que sont prêts à se livrer les consommateurs. Cette exigence d’une consommation plus « nature » s’accompagne d’une volonté de connaître la traçabilité du produit ou ses vertus nutritives (en vaut pour preuve le succès de l’application Yuka). Ces tendances de consommation renforcées par des décisions politiques, devraient favoriser les produits français voire européens aux normes plus strictes au détriment des produits importés moins chers ne respectant pas nos normes environnementales et sociétales. Encore faudra-t-il que le consommateur accepte d’en payer le prix.

Des opérations déjà multiples...

Face à ces enjeux, les acteurs - au-delà de la formation ou de l’embauche de nouvelles compétences - doivent accélérer leur développement. La croissance externe qui permet d’acquérir de nouveaux savoirs est un levier à cette nécessaire adaptation. Les opérations de consolidation verticale ou horizontale permettent de sécuriser la filière en facilitant les synergies en matière d’approvisionnement, de traçabilité et de force de vente. De nombreuses opérations de consolidation sectorielle ont ainsi vu le jour ces dernières années, comme l’illustrent les rapprochements de Givaudan et Naturex, de Lactalis et Nuova Castelli, de Coca-Cola et Tropico ou encore du Groupe Bertrand avec Flo et Léon de Bruxelles. Deuxième axe majeur des démarches de croissance externe entamées par les opérateurs, l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux venant compléter ainsi leur offre produits (segment bio), leurs canaux de distribution (e-commerce) ou leur présence à l’export. On a vu ainsi récemment Carrefour intégrer So Bio, Grand frais racheter MonMarché.fr ou encore Fleury Michon épouser Marfo Food Catering. En parallèle, de nombreux poids lourds de la distribution tentent de capter les innovations en acquérant des enseignes ou marques incarnant ces nouvelles tendances de consommation tournées vers la responsabilité sociétale, l’écologie et le naturel. C’est par exemple le cas de Danone avec Whitewave Foods, de Coca-Cola avec Innocent, de Pepsico avec Sodastream ou encore de Fleury Michon avec Frais Emincés.

... réalisées souvent par des fonds

La politique de taux bas suivie depuis la crise financière de 2008 a orienté l’épargne vers des actifs plus risqués tels que les actions de sociétés cotées et non cotées. Les fonds d’investissement se sont multipliés et leurs levées de fonds sont de plus en plus massives. Aujourd’hui, plus de la moitié des deals dans l’agroalimentaire sont le fait de fonds d’investissement, qui ont vu dans ces entreprises des valeurs contra-cyclique, avec un fort potentiel de résilience. En plus des fonds historiques s’intéressant à l’agroalimentaire (Unigrains, Idia, Cerea, Sofiproteol) sont apparus récemment de nouveaux acteurs dédiés tels FnB, FrenchFoodCapital, Manifesto Ventures (fonds de Danone), CapAgro, etc. En matière de consommation, si le pouvoir d’achat des ménages est en berne, les produits réputés plus sains et le haut de gamme connaissent une réelle dynamique. La consommation des ménages affiche une structure « en sablier », les positionnements Hard Discount/marques distributeurs ou haut de gamme étant les seuls à connaitre une réelle dynamique. Cette réalité favorise la croissance externe visant les PME les plus innovantes ou les mieux à même de s’accaparer les niches du haut de sablier. On constate d’ailleurs que les multiples de deals dont la cible répond à ces nouvelles tendances sont largement supérieurs (10 à 13 fois l’Ebitda) aux modèles traditionnels (6 à 8 fois l’Ebitda).

Vers une stratégie multi-canale

Dans ce contexte, comment évolue l’environnement concurrentiel des entreprises de l’agroalimentaire ? Si la situation sanitaire en Asie et dans les pays occidentaux, le Brexit ou la guerre commerciale sino-américaine demeurent des sujets d’inquiétude pour le grand export, les acteurs agroalimentaires français étaient en train de restaurer leurs marges (effet CICE), ce qui devait mener à une amélioration de leur endettement net (hors effet Covid-19), et à moyen terme à la relance de leurs investissements, notamment en matière de croissance externe. Le développement commercial vers une stratégie multicanale, devient aussi une nécessité absolue pour créer de la valeur. Le contexte actuel de ressources financières nombreuses et peu couteuses reste une opportunité pour répondre aux enjeux de l’alimentation-santé du futur en s’appuyant sur les consommateurs comme soutien aux innovations, aux investissements, aux démarches vertueuses en réduction de l’empreinte carbone. Il convient toutefois de s’assurer de financements à long terme suffisants pour résister à court terme aux conséquences du confinement (les PGE ayant une durée d’un an), pour porter les démarches de croissance organique et être en mesure de saisir les opportunités ou d’initier des croissances externes.

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